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CTPMESR : la FERC CGT obtient 3 sièges

Avec 16 218 voix sur l’ensemble des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche publics, soit 22,49%, la FERC CGT obtient 3 sièges au CTPMESR.

Pour le scrutin du 6 mai 2010, la FERC CGT avec 14,89% (2 055 voix) la FERC CGT progresse de plus de 3% par rapport aux élections de 2007 (11,07%).

6 mai 2010 : Second tour des élections au CTPMESR

Le service public, la reconnaissance des qualifications, les moyens pour la formation et la recherche, l’égalité de traitement sur tout le territoire, c’est ce qui a mis en mouvement la communauté scientifique et universitaire.
La CGT a appelé à la généralisation du mouvement sur les revendications des personnels.
La CGT continuera à impulser les mobilisations nécessaires pour gagner les moyens d’assurer nos missions publiques.
Le Pacte pour la Recherche et la LRU permettent le démantèlement de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche publics.

Les directions des établissements, avec leurs moyens propres, décident des recrutements, des rémunérations, des conditions de travail, des licenciements, comme pour les contractuels ou les vacataires.
Aujourd’hui, plus d’1/3 des personnels est non-titulaire : le CDI Fonction Publique stabilisera un petit nombre mais le privera de toutes garanties et droits liés au statut de la Fonction Publique !

Avec les PRES, les Campus et l’ANR c’est la mort programmée des financements récurrents au profit de financements ciblés, sur projets.
De plus, lier trop les établissements aux bassin d’emplois, région et entreprises, c’est réduire leurs actions à leur intérêt immédiat et condamner les disciplines réputées non-rentables et la Recherche fondamentale à vivre chichement.

Réserver la Recherche de haut niveau à des pôles d’excellence, c’est condamner de nombreuses Universités à ne plus adosser leurs Formations à la Recherche.
C’est favoriser l’émergence d’Universités de seconde zone, sans Recherche, pour les étudiants de 1er et 2è cycle.

6 mai 2010 – Votez et faites voter FERC CGT

Enseignants-Chercheurs : Résultats historiques de la CGT dans le supérieur

Pour la 1 ère fois, la FERC SUP Cgt siègera au Comité Technique Paritaire des personnels enseignants-chercheurs de l’Enseignement Supérieur (CTPU). En effet, avec 6,56 % des suffrages, soit presque 2 fois plus qu’en 2006 ( 3,55%), la FERC SUP Cgt obtient 1 siège au CTPU.
Ces résultats électoraux sont le fruit d’un travail mené dans le cadre du « tour de France des universités » mais aussi d’une activité spécifique dans les syndicats d’établissement.
Ils nous confortent dans nos positions claires, précises et fermes contre la Loi Liberté Responsabilités des Universités (LRU).La FERC SUP Cgt se réjouit des perspectives ouvertes par ce scrutin et que soient ainsi repris, par un grand nombre de collègues enseignants-chercheurs, nos appels à mobilisation et nos propositions d’action en convergence avec les autres personnels du supérieur.

Deuxièmes tours : voter et faire voter pour la CGT

Les résultats de la participation au premier tour des élections au CTPU et au CTPMESR sont désormais connus :

  • CTPM : 12,29%
  • CTPU : 27,23%

Dans les deux cas, le quorum n’est donc pas atteint et un second scrutin doit être organisé :

  • Entre le 19 mars et le 13 avril 2010 pour le CTPU
  • Le 6 mai 2010 pour le CTPMESR

La faiblesse du taux de participation à ces élections doit nous alerter et retenir notre attention.

Face à l’entreprise de mise à sac de nos Services Publics et de la plupart des acquis des travailleurs et de la Fonction Publique en particulier, nous ne pouvons rester indifférents devant une si faible mobilisation des personnels.

Les enjeux des transformations en cours dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, les répercussions sur les personnels, leurs conditions de travail, leurs carrières, leur protection sociale, leurs retraites, etc. sont tels que ce désengagement va à l’encontre de leurs intérêts.

Les personnels ont tout à craindre des transformations actuelles :

  • la loi “Mobilité et parcours professionnels” permet désormais l’éviction d’un agent de la Fonction Publique,
  • l’externalisation de certaines fonctions et missions avec la mise en oeuvre des partenariats public privé imposés par les différentes opérations  que sont le Plan Campus ou le Grand Emprunt par exemple,
  • le décret “détachement privatisation” en cours de discussion qui va permettre de mettre en détachement un agent de la Fonction Publique dans une entreprise privée dès lors qu’elle sera attributaire d’un marché public,
  • l’incitation au basculement de la Fonction Publique vers le privé comme le propose par exemple la convention collective de droit privé désormais en vigueur à Pôle Emploi qui régit les droits des salariés de droit privé venant des assédics et qui crée les conditions pour que les agents fonctionnaires issus de l’ANPE aient un avantage financier à renoncer à leur statut de contractuel de droit public pour intégrer la nouvelle convention collective d’ici à fin 2011).

Tout, dans le processus actuel de démantèlement et de mise à sac, devrait donc pousser les personnels de l’enseignement supérieur à participer à ces élections.

Certes le discours dominant peut faire croire que les personnels ne se reconnaissent plus totalement dans leurs organisations syndicales mais est-ce pour autant qu’ils se reconnaissent dans la politique du gouvernement ? C’est pourtant l’idée que pourrait tenter d’accréditer le gouvernement en se référant à ce si faible investissement dans ces élections.

Nous devons constater par ailleurs que le ministère et les établissements ne font rien pour que l’information concernant ces élections, les jours de vote, les propositions des différentes organisations présentes, les lieux de vote, les conditions ou modalités de vote, les listes électorales, soit largement et correctement diffusée : peu de lieux d’information, peu d’affichage, difficultés ou impossibilité d’utiliser les systèmes centraux de diffusion de l’information par courriel pour les organisations syndicales, très faible information sur le droit de vote et les modalités de vote, très peu de lieux de vote mis à disposition des électeurs notamment pour les délocalisés, etc.

Dans un article paru dans SINÉ Hebdo (n° 72, mercredi 20 janvier, p. 6), Gérard FILOCHE faisait un constat analogue pour les élections prud’homales et s’inquiétait de la stratégie mise en oeuvre par le gouvernement et Xavier Darcos, ministre du travail :

C’est ainsi qu’on étouffe l’intérêt des électeurs, ce qui fait grimper le nombre des abstentions, et il ne reste plus, ensuite qu’à éliminer l’élection elle-même. Ils avaient déjà ainsi supprimé les élections aux Caisses de sécurité sociale, avant d’ôter aux syndicats la gestion pourtant légitime de la partie du salaire mutualisé des travailleurs ! Une fois qu’ils auront supprimé l’élection des prud’hommes, ce sera plus facile de supprimer l’instance elle-même. Rêve de Medef !

Ce qui vaut pour les élections prud’homales vaut aussi pour les élections qui nous concernent dans nos établissements et dans notre ministère.

Sans préjuger du fonctionnement et des résultats concrets de ces instances, ce qui importe avant tout, c’est l’expression des personnels. Qu’ils fassent entendre leur voix pour dire quelle orientation, quel projet, quelles revendications, ils souhaitent voir portés par les organisations syndicales auxquelles ils apportent leurs suffrages.

Ne pas s’exprimer lors de ces élections c’est offrir la possibilité au gouvernement de prétendre que sa politique est acceptée et qu’il peut continuer tranquillement son oeuvre de démolition.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur le soutien exprimé par les personnels pour leurs orientations que les organisations syndicales pourront porter haut et fort l’expression des salariés mécontents et faire entendre leurs revendications.

Pour le renforcement et le développement du Service Public d’enseignement supérieur et de recherche ouvert au plus grand nombre, pour la défense de la Fonction Publique et la création d’emplois publics, VOTEZ et FAITES VOTER pour les organisations de la CGT :

Enseignants-chercheurs : référentiel national des tâches

Alors que durant le mouvement du premier semestre 2009 la ministre s’était engagée à mettre en place un « référentiel national des tâches », elle publiait le 31 juillet dernier un arrêté établissant un « référentiel national d’équivalences horaires » ce qui est sensiblement différent d’autant plus qu’il laisse la plupart des équivalences à la libre appréciation des établissements.

  • Il ne prend pas en compte l’ensemble très diversifié des activités exercées par les enseignants-chercheurs tout au long de leur carrière et dans des contextes d’organisation multiples et variés.
  • Il ne s’applique qu’aux seuls enseignants-chercheurs, laissant dans le vide, donc à la libre appréciation des présidents-patrons, toutes les autres catégories d’enseignants notamment les enseignants du secondaire et les contractuels.

Aujourd’hui, ce référentiel national « à trous » ne constitue, en fait, qu’une base de travail pour les établissements.

En prétextant qu’un référentiel national serait contraire à « l’autonomie » des universités, la ministre organise pratiquement la gestion locale des missions des enseignants-chercheurs.

Cela signifie très concrètement que les établissements appliqueront des règles différentes de répartition de service impliquant à terme, des différences non négligeables de rémunérations.

La FERC-Sup CGT dénonce ce dispositif qui dynamite une des garanties collectives fondamentales du statut des enseignants-chercheurs : l’unicité du service, quel que soit le lieu d’exercice.

Elle demande à l’ensemble des personnels de s’opposer par tous les moyens à sa mise en place et à défendre avec détermination leurs droits et les missions qu’ils assurent dans le cadre du service public, notamment en participant massivement à la grève et aux manifestations du 21 janvier 2010.

Sur le site de la FERC-Sup CGT

OCDE : Enseignement supérieur, un investissement rentable !

Une dépêche de l’AEF informait récemment que le 13 octobre 2009 l’OCDE organisait un atelier “L’éducation, un investissement rentable”. Des propos d’Éric Charbonnier, économiste et expert sur les questions d’éducation à l’OCDE, rapportés par l’AEF, on pouvait retenir trois idées principales
qui confortent le développement d’une logique marchande dans notre secteur et qui vont permettre de justifier l’augmentation des frais d’inscription dans nos universités publiques.

1. Assurer la rentabilité financière de l’enseignement supérieur

Selon la dépêche de l’AEF, même si la poursuite des études occasionne des frais supplémentaires pour les étudiants (notamment les frais d’inscription) et si cela représente pour l’État des dépenses sociales en plus, l’opération reste globalement intéressante car le diplômé de l’enseignement supérieur s’assure de meilleurs salaires tout en réduisant les risques de chômage et, de son côté, l’État qui “engrange plus d’impôts” augmente à terme ses recettes. En effet, “un homme diplômé de l’enseignement supérieur rapportera en moyenne 50 000 dollars US à l’État sur sa vie professionnelle”. Compte tenu des écarts de salaires, une femme rapporterait moins.

Ainsi, les États qui manquent de diplômés de l’enseignement supérieur auraient donc tout intérêt à investir dans ce domaine.

Si le marché de la connaissance s’ouvre très largement au privé et aux entreprises, il serait donc bien venu que l’État ne réduise pas les dépenses dans ce domaine, voire les augmente pour garantir la croissance du marché
aux investisseurs privés.

On pourrait rapprocher cette réflexion des difficultés que connaissent aujourd’hui les jeunes docteurs qui attendent désespérément de trouver un emploi dans l’enseignement supérieur notamment dans le domaine
des LSH.

On peut trouver des informations complémentaires sur l’insertion des jeunes issus de l’enseignement supérieur sur le site du CEREQ : Génération 2004

2. Emprunter pour investir sur son avenir

Pour l’OCDE, parce que “dans beaucoup de pays, il y aura dans les quinze années à venir des inquiétudes sur la qualité de l’enseignement”, il faudra assurer l’équilibre entre les financements privés et les dépenses publiques. Les financements privés étant constitués de financements par les entreprises et des frais de scolarité.

Des exemples sont donnés : “aux pays bas, les financements privés représentent moins de 15% contre 50% en Australie et plus de 60% en Corée et au Japon”.

Pour la France, afin qu’il soit possible d’augmenter les frais de scolarité, Éric Charbonnier préconise la rénovation des filières qui manquent de débouchés (notamment les sciences humaines) et qui sont trop peu attractives. Ceci pour qu’il soit possible de mettre en place des prêts d’études et/ou des bourses.

En prenant valeur d’investissement sur l’avenir, l’enseignement supérieur devient donc un enjeu pour l’étudiant. Ce qui justifiera qu’il puisse emprunter pour espérer accéder à de meilleurs revenus et s’endetter avant même d’avoir un emploi.

On notera que dans son rapport remis à la ministre fin 2008, Nouveaux partenariats Universités Grandes Écoles, le recteur Philip avançait la notion de vrai coût des études à l’université et préconisait de pratiquer ce vrai coût pour les étudiants étrangers que l’État pourrait aider avec des bourses.

Suivant cette logique financière et comptable encouragée par la mise en oeuvre de la LOLF dans nos établissements, il est clair que l’augmentation des frais d’inscription et de scolarité dans les universités est programmée. Seule sa mise en oeuvre peut être différée.

3. Rassurer l’étudiant-investisseur en vantant les mérites de l’insertion

Pour que les étudiants acceptent de s’engager dans l’enseignement supérieur, c’est-à-dire pour qu’ils puissent décider emprunter pour leurs études, il est nécessaire de les rassurer sur le risque encouru en leur indiquant quels sont les débouchés de la filière qu’ils vont choisir.

Selon l’interlocuteur de l’AEF, “L’Unef n’est pas hostile à une augmentation des droits d’inscription. Ce qu’elle reproche c’est de faire payer pour des filières qui n’ont pas de débouchés”. Il faudrait, selon lui, arriver à mettre en oeuvre un “triangle magique” associant “qualité-efficacité-efficience”. Des pays comme la Finlande, l’Australie, le Canada ou le Japon y seraient parvenus. Ce qui montrerait “qu’avec des investissements modérés, on peut assurer un enseignement de qualité optimale”.

C’est pour partie la mission qui est dévolue aux BAIP (Bureaux d’Aide à l’Insertion Professionnelle) qui sont en train de se mettre en place sous diverses appellations dans nos établissements pour répondre à la nouvelle mission d’insertion introduite par la loi LRU. Nouvelle mission qui va progressivement pousser l’enseignement supérieur vers des objectifs de “professionnalisation” des études pour renforcer l’employabilité des étudiants et opérer le glissement des qualifications vers les compétences prônées par le système du Tuning. La gestion des compétences va, dans un premier temps, se superposer à l’organisation disciplinaire puis, progressivement, devenir prépondérante et normative des offres de formation universitaires.

L’insertion des étudiants constituera par ailleurs un critère d’évaluation des universités et de leur offre de formation pour l’attribution des moyens alloués par l’État. La logique du marché s’impose.

4. Marchandisation de l’enseignement supérieur

C’est bien l’objectif visé par l’OCDE. Certes la nouvelle mission d’insertion que la loi LRU attribue aux universités répond certes à une aspiration légitime des jeunes diplômés à trouver un emploi à l’issue de leurs études supérieures (selon le rapport Jolion – comité de suivi master – la filière doctorale devant être considérée comme un mode de professionnalisation). Mais elle a surtout pour effet de transformer la nature de l’enseignement supérieur public en imposant son alignement sur des critères d’évaluation commerciaux de consommation. Ce qui va pernicieusement amener les étudiants et leurs familles à considérer qu’en entrant à l’université ils achètent un service intégrant tout à la fois la formation mais aussi une certaine capacité à garantir un emploi à l’issue de leurs études, période qui s’avère être dans bien des cas difficile pour l’accession à un premier emploi correspondant aux aspirations professionnelles et financières du jeune diplômé.
Les universités ne percevront donc plus des droits d’inscription mais seront progressivement amenées à facturer des frais de scolarité pour un service complet incluant formation, conditions d’études et insertion. On ne va plus à l’école pour s’instruire et s’émanciper mais pour obtenir un service (voir à ce sujet l’opération d’Acadomia Bachelier ou remboursé“).

Dans leur rapport pour le Grand Emprunt, Michel Rocard et Alain Juppé écrivent page 27 : « Cette position défavorable [ des universités et des publications scientifiques françaises ] dans la compétition mondiale s’explique en partie par la faible diversité des modes de financement de nos établissements d’enseignement supérieur, presque exclusivement publics, alors que les systèmes étrangers reposent également sur des financements privés (frais de scolarité et dotations en capital ou endowments) ».

Ce qui ne laisse aucun doute sur l’augmentation rapide et conséquente des frais d’inscription.

Aux États-Unis qui constituent le modèle de nos dirigeants actuels, dans l’État de Californie, touché de plein fouet par la crise économique et la hausse du chômage, les étudiants occupent les campus pour manifester contre une hausse de 32% de leurs frais de scolarité. Selon Le Figaro « Des dizaines d’étudiants ont été arrêtés au prestigieux campus de Berkeley… (…) L’augmentation, effective en janvier 2010, fera passer les frais de scolarité de 7.788 à 10.302 dollars pour la plupart des étudiants… ».

La financiarisation de l’Enseignement Supérieur et son assujettissement à la bulle financière sont bien réelles et n’auront d’autres effets qu’élitisme, sélection et ségrégation.
L’enseignement supérieur devient un produit d’investissement, avec un coût conséquent qui peut nécessiter un emprunt souscrit par les étudiants ou leurs familles que les universités s’efforceront de garantir tant par la qualité de leur formation et des moyens mis à disposition des étudiants que des perspectives d’embauche à l’issue des études. Ce qui aura sans nul doute

Un pilotage qui sacrifie le long terme, y compris en matière d’innovation

Le grand emprunt peut-il dynamiser la recherche ?

Nicolas Sarkozy a maintenant validé l’essentiel des propositions du rapport Juppé-Rocard. Sur le total du grand emprunt, 25 milliards bénéficieront de manière directe ou indirecte à la recherche et à la formation. 19 milliards seront attribués directement à l’enseignement supérieur et à la recherche publique et privée. Le gouvernement a choisi d’alourdir le déficit public (22 milliards d’emprunt sur les 35milliards distribués au total) tout en perpétuant les cadeaux fiscaux aux entreprises et aux particuliers les plus aisés (crédit impôt recherche, bouclier fiscal). Cette dette va devoir être remboursée. La fonction publique et les services publics seront encore plus mis à contribution. Un poste pour deux départs en retraite continuera à être supprimé. Cette mesure devrait frapper la recherche et l’enseignement supérieur à partir de 2012. Les luttes des personnels ont permis d’arracher un délai important car le dispositif devait s’appliquer dès 2004. Des suppressions de postes ne sont intervenues pendant cette période qu’en 2009 et de manière amortie. Les crédits de fonctionnement de la subvention publique diminueront de 10 % par an pendant plusieurs années (conférence de presse récente du secrétaire d’État aux Finances). On peut imaginer à quel point les universités et les différentes structures de recherche, comme tous les organismes publics, devront trouver d’autres ressources, pour l’essentiel auprès des régions et des entreprises et aussi grâce aux prélèvements faits sur leurs étudiants (frais d’inscription…).

Elles deviendront très dépendantes de leurs partenaires. Dans ce contexte, le grand emprunt a clairement trois objectifs principaux.

  • Alimenter la Bourse (faire travailler l’argent emprunté) par de nombreuses dotations en capital pour les institutions de recherche, dont 8 milliards aux grands campus universitaires, qui devront les placer avec un bon rendement pour dépasser la charge de l’emprunt qu’ils devront en fait rembourser par une réduction de leur subvention budgétaire. L’Agence nationale de la recherche (ANR) recevra aussi de l’ordre de 5 milliards de dotation en capital à placer pour la valorisation (3,5 milliards), les laboratoires d’excellence (1 milliard), les équipements (1 milliard), ce qui correspond surtout à des plates-formes technologiques. Seuls les intérêts des placements devraient être disponibles pour les laboratoires.
  • Asservir la recherche aux industriels grâce au financement par des agences qui seront chargées de soutenir l’innovation pour les entreprises : l’ANR, comme indiqué ci-dessus, mais aussi l’Agence de l’énergie à laquelle sont attribués 5 milliards concernant en partie la recherche comme l’Agence du numérique, qui recevra 4,5 milliards. L’Alliance des sciences de la vie et le Consortium de l’agroalimentaire bénéficieront ensemble de 2,5 milliards, principalement pour de la recherche partenariale.
  • Continuer le regroupement de la recherche prioritairement sur cinq grands sites et à moindre degré sur cinq autres sites au risque de désertifier de nombreuses universités de province. Même si les placements ne rapportent pas autant que ce que veulent faire croire les promoteurs du grand emprunt et que tout placement est un risque, comme nous l’a rappelé récemment la crise, il y aura des sommes importantes pour déplacer l’activité des laboratoires vers l’innovation au service du profit des entreprises.

Les interrogations et les inquiétudes sont nombreuses.

Combien de laboratoires pourront-ils résister à l’attraction financière? Que restera-t-il de recherche fondamentale non finalisée? Combien de nouveaux CDD vont être créés? Va-t-on assister à une individualisation massive des rémunérations?

Les conséquences graves sont aussi prévisibles pour la recherche privée. Les entreprises tenteront de faire prendre en charge par le secteur public une partie de la R & D qu’elles assumaient jusqu’à présent. Sanofi-Aventis, dans le secteur pharmaceutique, s’engage déjà dans cette voie. Le groupe supprime 1200 emplois en prévoyant de transférer « la preuve de concept » de ses nouveaux médicaments aux laboratoires publics (les Échos). Nous dénonçons cette évolution de la recherche et de la formation que va accélérer le grand emprunt. C’est un pilotage orienté massivement vers le court terme, qui sacrifie le long terme, y compris en matière d’innovation. C’est un système dans lequel les instances scientifiques des organismes publics n’auront qu’un petit strapontin pour la gestion de la recherche. Il n’y aura plus guère de place pour une véritable liberté de recherche. C’est un autre métier qui se met en place pour de nombreux personnels de la recherche, notamment les chercheurs qui avaient déjà vu leur fonction se dégrader progressivement ces dernières années.

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“Et c’est ainsi que pour la cinquième année consécutive WILT ne reçut pas d’avancement”

Né en Angleterre en 1928, Tom SHARPE, a exercé comme travailleur social puis comme enseignant. De 1963 à 1972, il enseigne l’histoire au College of Arts and Technology de Cambridge. En 1976, il publie le premier volume de la saga de Henry WILT, professeur de culture générale dans un lycée technique, le Fenland College of Arts and Technology,  à Londres, en tant qu’assistant de deuxième classe.

Dès les premières pages, Tom SHARPE plante le décor d’un fonctionnement qui n’est pas très éloigné du modèle vers lequel nous entraîne la loi LRU et ses conséquences, avec la mise en concurrence des établissements, l’évaluation et la gestion locale des carrières, etc.

Extrait

- À mon avis, le problème de Wilt c’est qu’il manque de dynamisme, dit le directeur du département d’anglais qui, manquant de nerf lui-même, tendait à résoudre les problèmes à un niveau d’approximation maximale qui confortait son absence d’autorité naturelle.

Le Comité d’avancement hocha la tête multiple pour la cinquième année d’affilée.

- Il manque peut-être de dynamisme mais il s’engage à fond, dit Mr Moris qui livrait pour Wilt son annuel combat d’arrière-garde.

- Engagé ? dit le directeur du département Hôtellerie en grimaçant, engagé dans quoi ? L’avortement, le marxisme, la promiscuité ? Ce ne peut être que l’un des trois. Je n’ai encore jamais rencontré d’assistant de culture générale qui ne soit pas un tordu, un pervers, ou un révolutionnaire toujours prêt à hisser le drapeau rouge, ou les trois à la fois

- Bien dit, s’écria le directeur de Méca Géné, dont un étudiant saisi de démence avait utilisé les cours de précision pour fabriquer des bombes tuyautées.

Mr Morris fronça les sourcils :

- Je reconnais qu’un ou deux de nos lecteurs se sont montrés… euh… un peu activistes sur le plan politique, mais je m’élève avec force contre des insinuations…

- Laissons là, je vous prie, les problèmes généraux et revenons à Wilt, dit le censeur. Vous disiez qu’il s’engageait à fond.

- Il a besoin d’être encouragé, dit Mr Morris. Bon sang, ce type est chez nous depuis dix ans et il est toujours assistant.

- C’est précisément ce que je voulais souligner en parlant de manque de dynamisme, dit le directeur du département d’anglais. Si vraiment il avait valu la peine de le promouvoir, il serait maître assistant aujourd’hui.

- C’est un argument de poids, dit le directeur du département de géographie. Quelqu’un qui a passé dix ans à faire la classe aux gaziers et aux plombiers est évidemment inapte à occuper un poste d’administratif.

- Doit-on toujours faire des promotions en fonction des critères administratifs ? dit Mr Morris exaspéré. Je vous signale que Wilt est un excellent enseignant.

- Puis-je intervenir sur ce point ? dit le Dr Mayfield, directeur du département de sociologie. Il est essentiel de bien comprendre que dans l’optique de notre prochaine habilitation à délivrer le diplôme conjoint d’urbanisme et poésie médiévale – et je suis heureux de pouvoir vous communiquer à ce propos l’accord de principe du Conseil national des habilitations – il convient de mener une politique de recrutement adaptée au niveau des postes de maître assistant en dégageant des postes pour des candidats ayant un profil de spécialiste dans des domaines de recherches précis plutôt que…

- Si je peux vous interrompre un instant, dans votre optique (comme vous diriez), dit le Dr Board, directeur du département de langues modernes, êtes-vous en train de dire que nous devons réserver les postes de maître assistant à des spécialistes hautement qualifiés mais incapables d’enseigner plutôt que de promouvoir des assistants sans doctorat qui sont tous de bons enseignants ?

- Si le Dr Board m’avait laissé continuer, dit le Dr Mayfield, il aurait compris que je voulais dire…

- J’en doute, dit le Dr Board, avec une syntaxe pareille…

Et c’est ainsi que pour la cinquième année consécutive Wilt ne reçut pas d’avancement. le Fenland College of Arts and Technologiy était en pleine expansion. On créait de nouveaux diplômes et de nouveaux enseignements et des étudiants toujours plus nombreux et d’un niveau toujours plus bas s’y précipitaient pour suivre les cours que dispensaient un personnel toujours plus qualifié, cela jusqu’au jour où le Tech cesserait de n’être que Tech pour grimper dans la hiérarchie en devenant Poly. C’était le rêve de tous les directeurs de département , et ce processus ne tenait nul compte de l’amour-propre de Wilt ou des espérances d’Eva.

Wilt reçut la nouvelle avant d’aller déjeuner à la cantine.

- Je suis désolé, dit Mr Morris tandis qu’ils prenaient la file avec les plateaux, c’est la faute de ce fichu tour de vis budgétaire. Même en langues modernes ils ont eu des restrictions. Deux promotions seulement.

Wilt hocha la tête. Il s’y attendait. Il s’était trompé de département, trompé de mariage, trompé de vie. Il posa ses fish-fingers sur une table dans un coin et mangea tout seul. Autour de lui, ses collègues parlaient des examens et de la composition de la commission pédagogique pour l’année suivante. Ils enseignaient les mathématiques, l’économie ou l’anglais, des matières nobles où les promotions étaient rapides. C’était tout simple.

Tom SHARPE, WILT 1 (1976), 10/18, Paris, réédition 2009, trad. François Dupuigrenet-Desroussilles, pages 14 à 17

Comment asservir la recherche publique à l’industrie ? L’exemple de l’Alliance des Sciences de la Vie et de la Santé

Le 26 octobre 2009 s’est tenu à l’Elysée un Comité Stratégique des Industries de la Santé (CSIS) présidée par N Sarkozy en présence de 5 ministres, des dirigeants des groupes pharmaceutiques français et étrangers implantés en France et des Présidents de l’INSERM et du CNRS. Des engagements communs ont été pris qui visent à transférer une partie de l’activité des groupes pharmaceutiques aux établissements publics regroupés dans l’Alliance Nationale des Sciences de la Vie et de la Santé qui est présidée par le PDG de l’INSERM. Il s’agit du transfert du travail de la preuve de concept d’un médicament ou d’un procédé (appelé aussi travail de démonstration). Cette réforme de la recherche publique doit être pilotée en association avec les industriels (document du CSIS). Cela implique la mise en œuvre de moyens financiers et humains considérables qui dépassent les possibilités actuelles des établissements publics concernés : Inserm, CNRS (l’Institut National des Sciences Biologiques et sans doute aussi l’Institut National de Chimie), une partie de l’Inra, le département du Vivant du CEA et à un moindre degré l’Inria, etc. Pourtant le Plan Stratégique de l’Inserm (qui est en fait le plan pour tous les partenaires de l’Alliance) doit être adopté par le Conseil d’Administration de l’Inserm le 3/12/2009. Pour masquer la gravité de l’opération, les directions d’organismes se montrent discrètes, le PDG de l’Inserm a organisé à la mi-novembre un consultation caricaturale du Conseil Scientifique de l’Inserm : un vote électronique sans débat ! Comment va être mise en œuvre cette réforme du pilotage de la recherche biomédicale ?

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Projet de Budget 2010 de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur : Un budget pour accentuer le pilotage de la recherche publique !

Le gouvernement vient d’annoncer le projet de budget pour l’année 2010. Comme d’habitude, la Ministre annonce que les moyens alloués à la MIRES (Mission Interministérielle « Recherche et Enseignement Supérieur ») augmenteront, en 2010, de 1,8 milliard d’euros, en mélangeant un peu tout : crédits de l’Etat, Crédit Impôt Recherche, Plan de Relance, Partenariat Public-Privé (PPP), …. En fait, le budget de la MIRES ne serait en progression que de 710 millions d’euros soit 2,9%., comprenant une partie pour les pensions, pour la hausse du point d’indice, … dépenses qui, de fait, n’affectent pas directement les crédits des organismes. Déjà, lors de la présentation du budget 2009 du MESR, la Ministre annonçait que le budget 2009 du CNRS augmentait de 4,6%, celui de l’INSERM de 5,0%, celui de l’INRA de 4,8% par rapport à 2008. Or, dans la présentation du budget 2010 du MESR, nous apprenons qu’en fait, le budget 2009 du CNRS n’avait augmenté que de 1,1%, celui de l’INSERM que de 0,5%, celui de l’INRA que de 0,4% (qui sont les vrais chiffres une fois retirés les pensions civiles, etc …). Faudra-t-il attendre la présentation du budget 2011 pour connaître les vrais chiffres d’augmentation du budget 2010 ? Ainsi, le budget 2010 du CNRS, annoncé en hausse de 2,7%, n’augmente réellement que de 1,5% ; celui de l’INSERM, annoncé en hausse de 3%, n’augmente que de 2%, si l’on retire les crédits des pensions et la hausse des salaires.

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